Les mots du Président

Pourquoi l’association existe

Une page pour comprendre l’esprit de BCM : le devoir de mémoire sur la vallée du Haut-Bréda, raconté simplement, sans effets, à travers les mots du président.

Interview
Mathieu
Président — Beaufighter Crash Memories

BCM est née d’une passion pour la reconstitution, mais surtout d’une évidence : dans la vallée du Haut-Bréda, il s’est passé des choses fortes pendant la Seconde Guerre mondiale. Un hôpital clandestin, un crash d’avion, des épisodes de maquis… Des histoires locales, réelles, parfois oubliées.

Ici, il raconte ce qui l’a poussé à lancer l’association, ce qu’il veut transmettre, et ce qu’il refuse : les amalgames, les récupérations, et tout ce qui déforme la mémoire.

Qu’est-ce qui t’a personnellement poussé à créer l’association ?

Avec mon frère Guillaume, ça fait 10 ans qu’on fait de la reconstitution. On a beaucoup bougé : Lyon, Annecy, la Normandie, Cavalaire… partout. Et puis ici, dans la vallée du Haut-Bréda, à La Ferrière, en fouinant, en fouinant, en fouinant, on s’est rendu compte qu’il s’était passé énormément de choses sur le secteur : un hôpital, le crash d’un avion, tout le maquis local, des attaques allemandes, des gens qui ont défendu leur patrie et leur territoire. Et on voulait mettre tout ça en avant. C’est une très belle vallée — pour moi la plus belle de France — et on voulait lui rendre hommage par un événement où les gens locaux pouvaient venir. On a aussi réussi à retrouver la petite cousine du pilote : elle est devenue la marraine de l’association. Et aujourd’hui, l’asso prend un envol avec des gens locaux venus spontanément. Il y a eu un élan… trop beau. Les gens sont venus à nous, naturellement.

Qu’est-ce que tu ressens en pensant au crash du Beaufighter et aux histoires du secteur ?

Moi je suis né dans le 62, dans le Nord-Pas-de-Calais. Ça fait 5 ans que j’habite à La Ferrière. Quand j’ai appris ces histoires, je voulais tellement que les habitants soient fiers… pas forcément de moi, mais surtout fiers de leur région. Et que je puisse, moi qui ne suis pas d’ici, leur apporter quelque chose dans leur milieu à eux : ce qui s’est passé chez eux, alors que moi je n’y étais pas. Pour moi, c’était hyper intéressant.

Pourquoi est-ce important que ces histoires ne disparaissent pas ?

Il me paraît évident qu’en ces jours un peu sombres — tant en politique qu’en devoir de mémoire — on doit se rappeler ce qu’ont pu vivre les gens, leurs sacrifices et leurs actes héroïques. On est un peuple fier. Il ne faut pas oublier d’où on vient, et ce qu’on transmet à nos enfants, à nos petits-enfants, comme nos parents nous l’ont transmis.

Qu’aimes-tu le plus dans le fait de transmettre ces histoires au public ?

Le but, c’est que les gens s’immergent. On essaye de toutes les manières possibles. Certes c’est loin, mais en fait c’est pas si loin que ça. Et on veut aussi que les enfants puissent vivre ça autrement que dans un livre : par exemple, on voulait lier l’école de La Ferrière avec l’école aux États-Unis où le pilote était écolier, pour un projet pédagogique, fédérateur, historique… un joli projet commun.

En quoi les histoires du maquis, de l’hôpital clandestin et du crash sont-elles liées selon toi ?

Déjà, c’est la date : la Seconde Guerre mondiale. Et c’est aussi notre histoire familiale. Mon frère est plus côté américain, avec des véhicules, des jeeps, des GMC. Moi je suis plus maquisard, un peu chauvin, un peu patriote, un peu français. Avec l’hôpital et les maquisards, ces histoires se rejoignent, et on a pu faire cet événement.

Qu’est-ce que BCM apporte aux habitants et aux visiteurs ?

Je vais scanner en deux. Les visiteurs viennent voir… certains diraient un spectacle, mais je n’aime pas ce mot : on fait de la reconstitution. Je veux qu’ils se retrouvent dans une scénette, dans un film, avec des émotions. Il y a des Allemands, des Américains, des Français. Il y a de la souffrance, de la délivrance. Et pour les locaux, ceux qui sont ancrés ici, c’est rappeler leur histoire, leur patrimoine, leurs racines. J’ai eu plein de messages de soutien, des anciens qui se sont retrouvés via des photos et des textes du musée éphémère. On s’est demandé si on continuait… mais on n’a pas le choix : on va continuer.

Comment aimerais-tu que les gens se sentent après un événement BCM ?

Je n’ai pas envie qu’ils repartent avec de la nostalgie ou de la colère. J’ai juste envie qu’ils ressentent ce qui a pu se passer il y a un peu plus de 80 ans. Réellement. Et je ne veux pas faire d’amalgame, ni de politique. Juste retransmettre une mémoire.

Quel message veux-tu transmettre aux plus jeunes générations ?

Il ne faut pas oublier d’où on vient. Faire attention à ce qui se passe et à ce qui peut se passer, mais surtout être fiers de nos origines. Le devoir de mémoire, nous, on l’a. Et pour les jeunes, c’est plus facile à assimiler quand ils sont là, qu’ils voient, plutôt que seulement dans un livre ou avec un prof.

En une phrase : BCM existe pour faire vivre le devoir de mémoire sur la vallée du Haut-Bréda, avec respect, authenticité et pédagogie — sans amalgame, sans récupération.

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